間, ma
Le titre de cette installation est ma, (m a) un mot japonais qui s’utilise dans la mode pour parler de l’intervalle entre la peau et le tissu, pour signifier un espace-temps dans l’architecture, l’idée de façonner le vide, l’espace vide entre les murs où peut circuler l’énergie de l’être vivant. D’une manière plus générale : le mot ma désigne un art de l’espace vide.
Je me suis intéressée aux kanjis, les kanjis dans la langue japonaise permettent de condenser beaucoup d’informations en un seul caractère. Par exemple, un seul kanji peut représenter une idée complexe ou un concept entier, ce qui va rendre la lecture et l’écriture plus efficaces.
Les Japonais peuvent s'identifier visuellement à la signification de Ma à partir de son symbole kanji. Qui combine une porte 門 et le soleil 日. Ensemble, ces deux caractères représentent une fente de la porte à travers laquelle la lumière du soleil apparaît.
“Ce qui est visible réellement n’est pas tout. Que tout n’est pas visible, mais que tout est là dedans. »
Devons-nous considérer différemment l’espace vide et l’air dans l’installation ?
Quels sont les enjeux entre l’espace vide et l’espace plein, l’espace visible et l’espace invisible, la matérialité et l’immatérialité ?
Le vide
Je les cherche
Je cherche mes repères
Je suis perdue
Alors je tourne
J’accélère
Et j’arrive
Au crépuscule de la peur
Dans ce vide oppressant
Qui s’articule
Qui prend vie
Créant autour de moi cet espace
Je suis à terre
La solitude le silence
N’avoir rien vu rien compris
Capturée par ces limites aux contours invisibles
Par ces formes
Qui m’emprisonnent
Le vide
Libère-moi
Dans cet espace je ne vois que toi
Je t’esquisse
Je griffonne tes lignes
Tu t’agrandis
Libère-moi
Tu occupes tout l’espace
Les bâtiments s’estompent,
Les lignes se floutent
Je n’y arrive plus Je suis sous terre
Le vide devient Substance
Devient matière Face au néant
Je survis
Je vais pouvoir partir de ce texte pour glisser vers l’explication de mon installation in situ.
J’ai eu envie d’explorer différentes formes de vide, le vide qui m’entoure, un vide intérieur mais aussi un vide présent dans nos paysages que j’ai aimé appeler « les respirations du paysage ».
Cet espace que nous voyons à travers la fenêtre, représente cette idée de respiration du paysage, c’est un espace silencieux, à l’abri des regards où il y a beaucoup de vent, comme un appel d’air, entouré de béton.
Nous pouvons voir ces respirations du paysage sur les motifs des voilages, que j’ai fait à partir de pochoirs de paysage. À travers ces tissus transparents, je n’occulte pas totalement le paysage, j’aime cette idée que les espaces puissent communiquer entre eux.
« Le vide n’est pas une absence, c’est l’ensemble des communications et des mouvements des souffles »
À travers l’air en mouvement dans les voilages, la légèreté de la matière, sa transparence, mais aussi les jeux de perspective que créent les motifs, tout semble établir une communication continuelle en circulant et en se déplaçant sans cesse entre l’intérieur et l’extérieur.
Le spectateur a aussi une place essentielle dans cette installation, qu’il puisse se déplacer entre ces différentes formes d’espaces vides, les traverser dans une démarche qui peut rappeler le mouvement du vent.